#5 Détroit, alimentation locale, impact global


SUSTAINABLE BRANDS À DÉTROIT : NOTRE RETOUR D'EXPERIENCE, OU COMMENT TIRER DES LEÇONS DE LA RÉINVENTION DE LA VILLE ! 
Claire et Guillaume, du planning stratégique, étaient à Détroit du 22 au 25 mai pour Sustainable Brands, l'évènement planétaire des marques responsables et innovantes. Workshops, témoignages, visite de la ville... Ils ont eu la chance d'être su place et d'échanger sur des thématiques aussi variées que l'alimentation des villes ou le fonctionnement des fermes urbaines, très présentes à Détroit.
Car contrairement aux idées reçues, Détroit n'est pas une ville fantôme mais bien une ville d'avenir, surtout en matière d'innovation sociale et de durabilité.
Mais comment la nécessité vitale, ressentie dans la ville américaine dès les années 1950, a-t-elle rendu possible l'émergence de solutions de demain ? 

Claire tire pour nous les grandes leçons de la réinvention de Détroit en 5 articles ! A travers ses récits, elle nous raconte ses trois jours de découvertes, de partages et d'émotions en nous faisant vivre l'expédition de l'intérieur.

Nous avons déjà publié les quatre premiers épisodes :  "Food & détroit : histoire des destins", "Human beings beyond the headlines', "Des lieux de réinvention réinventés', et 'Vivre ses valeurs à l'intérieur, ça se voit à l'extérieur'. 

Découvrez maintenant le cinquième et dernier de notre série, "Alimentation locale, impact global" !


Alimentation locale, impact global 


Comment finir cette petite série d’articles sur notre expérience à Détroit sans vous parler de jardins urbains ? Parce qu’on ne va pas se mentir, avant que je vous parle de Détroit c’est sans doute tout ce que vous connaissiez de la ville – je ne vous dis pas combien de fois j’ai entendu « ah mais oui Détroit, j’ai vu dans le film Demain, les jardins partagés dans la ville tout ça ». Et vous aviez raison, Détroit c’est effectivement aussi ça : la reine de l’agriculture urbaine sous toutes ses formes !
 
Mais savez-vous pourquoi ? Rapide retour en arrière…
Entre 1930 et 2010 Détroit passe d’une Boom City place-to-be à une Ghost City à éviter à tout prix. Victime des crises économiques, pétrolières et raciales, la ville n’offre plus de travail à ses habitants qui se retrouvent contraints à fuir en abandonnant des maisons invendables. Vidée de ses habitants et de ses entreprises, la ville est ruinée et déclare faillite en 2013. Terrains en friche, disparition des services publics… bienvenue dans Détroit la zombie, montrée du doigt et moquée par l’ensemble des Etats-Unis.
 


 
C’était sans compter sur la résilience des Detroiters. Car ceux qui n’ont pas eu les moyens de partir n’ont pas eu d’autres choix : ils se sont retroussés les manches et sont partis à la reconquête de leur ville. Pas d’éclairage public ? On s’en chargera ! Des terrains abandonnés ? On va les transformer ! C’est la naissance des fermes et jardins urbains par centaines (vraiment, aujourd’hui on compte plus de 1400 sites !).
 
Pour vous je suis allée rencontrer deux fondateurs de ces lieux où la nature reprend sa place au cœur des communautés.

 

Mufi – Michigan Urban Farming Initiative

 

 
C’est quoi ?
 
Un des 200 projets Agrihood – quartiers où l'agriculture reprend un rôle central : nourricier, paysager et social – menés aux Etats-Unis. Concrètement le Mufi c’est une parcelle de 3 hectares, au cœur d’un quartier pauvre de Détroit, dédiée à la culture de fruits et légumes, construite en collaboration avec les habitants et expérimentant de nouvelles méthodes pour améliorer la production alimentaire et la vie du quartier.
 

 

Pourquoi je vous en parle ?
 
Parce que j’aime la nature profondément hybride de ce projet ! Parti de l’idée de simplement cultiver ensemble pour créer du lien et nourrir le quartier gratuitement, le projet se lance aujourd’hui dans de l’expérimentation de grande ampleur avec des partenaires des plus variés. Quelques exemples : le système de gestion des eaux d’irrigation a été conçu à partir d’un matériel de la NASA, l’entreprise de chimie BASF les accompagne dans la restauration des maisons insalubres du quartier grâce à son expérience en construction durable et l’année prochaine l’association espère pouvoir ouvrir tout un bâtiment comprenant des lieux dédiés à l’expérimentation du mieux produire et un « healthy café ». Un projet d’une grande ampleur qui réunira des entreprises comme BASF, General Motors, HermanMiller ou encore StanleyBlack&Decker.
 
Qu’est ce que ça pourrait inspirer à d’autres marques ?

 
L’union fait la force ! Des marques très différentes qui se leaguent autour d’un projet local, au contact des communautés ça donne envie de voir jusqu’où ça pourrait aller. Et si on imaginait un quartier revisité par des marques ? Un quartier où Nike conçoit des pistes de courses et des aires multisports, où BioCoop installe des micros point de vente de fruits et légumes frais en extérieur, où H&M organise des ateliers de récup’ de vêtements ? Des quartiers où les marques ne se contentent plus de mettre leur boutique, mais prennent part pleinement en tant que partie-prenante à la vie du quartier.
 

Artesian Farms
 
C’est quoi ?



Artesian Farms c’est un projet de ferme verticale au cœur d’un autre quartier de Détroit. Une ferme quoi ? Oui oui vous avez bien entendu : une ferme verticale. Il en existe plusieurs types. Ici il s’agissait d’un grand bâtiment où pousse 24h/24 et 7j/7 sur de grandes étagères et en culture hors sol des salades, basiliques et choux exposés à une lumière artificielle permanente. Un moyen permettant d’économiser 97% d’eau par rapport à des systèmes classiques et de récolter près de 17 fois par an…
Les produits sont ensuite revendus dans les marchés et supermarchés de la ville.
 

 
Pourquoi je vous en parle ?
 
Parce qu’il s’agit d’un projet économiquement viable par et pour les habitants du quartier. Car la raison d’être du projet Artesian Farms est bien d’aider la communauté. Quand il s’est lancé son fondateur avait une seule obsession : offrir une possibilité d’emploi local à des jeunes n’ayant pas la possibilité d’acheter une voiture dans un quartier non desservi par les transports. Défi réussi pour cette petite structure aujourd’hui poumon du quartier.
Parce que j’aime l’esprit de cette petite marque qui allie branding ultra-local (ils précisent même le quartier), esprit innovant et ambition le tout avec un esprit léger et accessible « for goodness sake ». Aujourd’hui la marque s’est alliée avec une autre ferme verticale Green Spirit Farms, pour créer un grand mouvement dans le Michigan et offrir aux communautés locales de la nourriture à bas prix, de qualité, sans OGM ni pesticide. Un bel exemple pour montrer que le global peut partir du local J.
 

Et si ça inspirait d’autres marques ?
 
Et si les marques se regroupaient pour créer des mouvements au service de leur vision sociétale ? Et si Ben and Jerry’s, Starbucks et AirBnB créaient un mouvement autour de l’inclusion sociale – déjà au cœur de leurs combats respectifs – par exemple ? En mettant en commun leurs moyens et leurs expertises complémentaires, leur connaissance du terrain pour les unes et des campagnes de lobbying pour les autres, leur pouvoir d’influence global, l’impact pourrait être énorme. On pourrait imaginer une plateforme accessible à tous sourçant les projets inspirants, proposant des pétitions, présentant des campagnes de communication et des outils d’aides aux populations fragiles. Une vraie force pour faire la différence !
 

L’alimentation, multiplicateur de valeur
De beaux projets qui montrent que l’alimentation replacée au cœur des quartiers peut jouer un rôle bien plus large que de simplement nourrir les hommes. Facteur de création de lien social et d’activité économique, l’agriculture devient le terreau d’une renaissance sociétale. Dans un monde où les citoyens cherchent de plus en plus à se réapproprier leur consommation et où le besoin de nature au cœur des villes ce fait sentir, on peut sans doute voir dans ce qui se passe à Détroit une source d’inspiration à ne pas manquer pour les marques agro-alimentaires occidentales…


Pour toute info, contactez Fanny Desbois, Responsable Communication : fdesbois@pixelis.fr