LA MODE EST MORTE. VIVE LE VÊTEMENT !

LA MODE EST MORTE. VIVE LE VÊTEMENT

Lidewij Edelkoort, néerlandaise d'origine mais parisienne d’adoption, est l’un des oracles de la tendance les plus influents au monde via son bureau de style Trend Union, les revues "View on Colour" et "Bloom", les cahiers de tendances qu'elle conçoit personnellement tous les six mois, destinés aux industries mode et textile, design, décoration d’intérieur, beauté et bien-être.

Elle vient de publier Anti_Fashion, un manifeste pour la prochaine décennie : un argumentaire en 10 points qui proclame la MORT DE L'INDUSTRIE DE LA MODE telle que nous la connaissons aujourd’hui.


 
Lors de la dernière Fashion Week parisienne, Li Edelkoort a lancé un gros pavé salvateur dans le marigot du système mode. Son manifeste Anti_Fashion brise les tabous et fait grand bruit chez les professionnels de la mode qu'elle attaque dans son ensemble.

Il n’y a plus de créateurs qui créent véritablement de la mode. Tout simplement, parce que le marketing a tué l’industrie de la mode en la surexploitant, en faisant vivre aux designers un stress infernal (ils doivent tout faire) où leur originalité est immolée par la recherche constante du slogan, en saturant le marché de produits faits pour créer de belles images conçues pour être « likées » (afin de vendre du parfum), au détriment de vêtements faits pour être portés. C’est finalement la première fois dans son histoire que la mode, censée être en avance sur son temps, n’est pas capable de réagir à son époque".


Anti_Fashion, c'est la constatation qu’un changement radical s’est opéré dans la mode, qui rend le FASHION SYSTEM ACTUEL COMPLETEMENT OBSOLETE. À commencer par l’enseignement.

"Les écoles et les académies de mode continuent d’enseigner aux jeunes étudiants à devenir des designers de podium, des divas. On continue à leur faire croire que la mission qui les attend est de devenir une personnalité hors normes, que personne ne pourra jamais égaler. En d’autres termes, les écoles continuent d’enseigner le principe de l’individualité farouche à des jeunes dont l’environnement, à l’heure des réseaux sociaux, est désormais basé sur le partage, sur la création en commun. "De facto, l’enseignement de la mode est démodé.
On en arrive à former des fashion designers qui ne connaissent pas le tissu, qui ne savent pas comment fonctionne le textile, ni comment réagit la fibre. Bientôt on ne connaitra plus que la popeline et le jersey pour le reste de nos vies. C’est terrifiant».
 
Les vêtements seront la réponse au fashion system qui s’est déréglé.


D'après la prospectiviste,  le RETOUR AU VETEMENT EST LA SEULE REPONSE AU FASHION SYSTEM QUI S'EST DEREGLE. Analyser et conceptualiser une tendance n'a plus lieu d'être, sauf  si l'on revient aux fondamentaux de la "couture" avec son noble intérêt pour le tissu et la "façon". Désormais, Li Edelkoort ne veut plus parler de mode - un concept qui n'a plus de raison d'être aujourd'hui - mais de vêtements pour des gens qui n’ont plus envie de posséder, ni de consommer en flux.



LA LOCATION, LE PARTAGE, LE TROC, LES ACHATS COLLECTIFS SERAIENT LES NOUVELLES MANIERES DE CONSOMMER.
À l'image de l’habibliothèque à Paris, qui offre la possibilité (tout en luttant contre la fast fashion) d’emprunter des marques créateurs à un budget accessible. Enfin, Li Edelkoort ajoute : "Aujourd’hui, dans la création de vêtements et dans bien d’autres domaines, l’anthropologie s’impose comme la discipline du futur. Comprendre l’homme dans ses usages et ses désirs fondamentaux, en puisant dans l’histoire et le folklore, permet de penser différemment l’habit. Autre conséquence de la mort de la mode : le regain d’intérêt pour le vêtement lui-même. Sa construction, sa forme, le comportement de la matière. C’est ce qui me fait croire au retour des ateliers de couture comme laboratoires de réflexion et d'innovations".